Vilnius l'impériale
de Sylvie Lemasson, Marie-Pierre Rey
"En recoupant de nombreuses sources bibliographiques et archivistiques, cet essai rend compte de manière originale de la question polono-lituanienne dans la politique européenne des empires français et russe. Méconnue en Occident en glissant trop souvent dans les pliures de l'Histoire, l'ancienne République des Deux nations, constituée du grand-duché de Lituanie et du royaume de Pologne, joue pourtant un rôle central dans le conflit auquel se livrent les souverains les plus importants de leur époque : Napoléon et Alexandre Ier. Située tout à la fois aux confins et au coeur de l'Europe, la Lituanie va plus encore que la Pologne servir de levier politique et militaire aux deux empereurs qui convoitent le continent. Au cours de la campagne de Russie de 1812, Vilnius se distingue en tant que point névralgique de la rivalité franco-russe.^ L'ancienne capitale du grand-duché de Lituanie, dont tombent amoureux aussi bien Napoléon qu'Alexandre Ier en raison de sa richesse architecturale, devient leur résidence impériale. À tour de rôle, chacun y chasse l'autre pour mieux démontrer son emprise et sa force européenne. L'héritage lituanien s'impose comme un atout stratégique dans la diplomatie des grandes puissances. Haut lieu de la culture juive ashkénaze et creuset multiconfessionnel durant près de quatre siècles, Vilnius sert de laboratoire d'idées pour les plans d'autonomie régionaux en faveur des minorités d'Europe centrale. Cet ouvrage est une invitation à découvrir un espace européen souvent négligé au sein des chancelleries occidentales. Il contribue aussi à inscrire dans le cours de l'Histoire l'empreinte majeure de la Lituanie.^ Avant de disparaître de la carte européenne en 1795 pour être totalement intégré à la Russie tsariste, le pays représentait le plus grand État d'Europe au cours des XIVe et XVe siècles en s'étendant de la mer Baltique à la mer Noire. Dressé contre l'expansion mongolo-tatare à l'Est, il avait également triomphé des croisades teutoniques à l'Ouest. La Lituanie recouvre son indépendance en 1918, puis en 1990 au terme d'un demi-siècle d'annexion soviétique"-- By comparing numerous bibliographic and archival sources, this essay gives an original account of the Polish-Lithuanian question in the European policy of the French and Russian empires, ignored in the West by slipping too often into the folds of history. Formerly the Republic of the Two Nations, made up of the Grand Duchy of Lithuania and the Kingdom of Poland, played a central role in the conflict between the most important rulers of their time: Napoleon and Alexander I. And in the heart of Europe, Lithuania was even more important than Poland to serve as a political and military lever for the two emperors who coveted the continent. During the Russian campaign of 1812, Vilnius distinguished itself as a hub of the former capital of the Grand Duchy of Lithuania (of which Napoleon and Alexander I fell in love with because of the architectural wealth) became their imperial residence. In turn, each one chased the other to better demonstrate their hold and European strength. The Lithuanian heritage was a strategic asset in the diplomacy of the great powers. Vilnius was the center of Ashkenazi Jewish culture and a multifaith melting pot for nearly four centuries, serving as a laboratory of ideas for regional autonomy plans for the minorities of Central Europe. This book is an invitation to discover a European space often neglected within the Western chancelleries. It also contributes to inscribing Lithuania's major imprint in the course of history. Before disappearing from the European map in 1795 to become fully integrated into Tsarist Russia, it was the largest state in Europe during the 14th and 15th centuries, extending from the Baltic Sea to the Black Sea. Set against the Mongolian-Tatar expansion in the East, it also triumphed over the Teutonic crusades in the West. Lithuania regained its independence in 1918, then in 1990 after half a century of Soviet annexation.